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Mercredi 26 janvier 2005
La préhistoire, la dynastie Xia et la dynastie Shang-Yin

La Chine se considère comme le centre du monde. L'occident, avec ses deux ailes, l'européenne et la nord-américaine, se pensait responsable de ce monde et se conduisait en conséquence. Peu de civilisations ont échappé à l'autocentrisme : ce qui est durable et puissant a toujours recherché la domination universelle. Nous comprendrons donc la prétention chinoise a être le Pays du Milieu (Zhongguo).

La préhistoire :

Des les âges préhistoriques, les premières manifestations humaines apparurent extrêmement diversifiées. Durant une quarantaine d'années, le fossile humain le plus ancien demeura celui découvert en 1921 dans la colline de Tcheou-k'eou-tien, près de Pékin (Beijing). En 1927, D. Black l'attribua à un ancêtre de l'homme chinois qu'il nomma Sinanthropus pekinensis, "Sinanthrope de Pékin", ou, plus couramment, "l'Homme de Pékin". L'homme de Pékin et son "ancien", l'homme de Lantian, ont plus de 500 000 ans d'existence.

A l'époque néolithique, la Chine, comme tous les autres pays, fut le théâtre de grands bouleversements : naissance et développement des cultures agricoles, sédentarisation de la population, regroupement des habitants en agglomérations d'importance croissante, polissage des pierres servant d'outils, poteries, organisation des tâches économiques et sociales, élaboration de conceptions religieuses. L'un des sites les plus célèbres, qui a donné son nom à une culture, est celui de Yangshao, sur le fleuve Jaune (Huanghe). Au confluent du fleuve Jaune et de la rivière Wei se sont montées, par le travail naturel des eaux, les couches de loess, d'une exceptionnelle fertilité. Ce nom "fleuve Jaune" lui vient de la couleur qu'il prend en charriant ces énormes quantités de loess. Le loess se dépose en alluvions, ce qui crée l'étonnant spectacle d'un fleuve qui souvent coule au-dessus de sa propre plaine. On comprend que les inondations, quand se rompent les digues, submergent la plaine : les gens périssent par centaine de milliers.

La dynastie des Xia : (2207 - 1766 avant J.C. ou 2207 - 1558 avant J.C.)

Selon la légende, une succession de trois souverains et de cinq empereurs précèdèrent les Xia. On représente généralement le premier des trois souverains, Fuxi, avec sa femme, qui était aussi sa soeur, la déesse Nugua. Tout deux possèdent un buste humain et une queue de dragon. On attribu à Nugua la création de l'espèce humaine à partir d'argile et l'institution du mariage, tandis que Fuxi aurait appris aux chinois la chasse, la pêche, et l'élevage. Divinité à tête de boeuf, Shennong leur aurait pour sa part enseigné l'agriculture et la connaissance des propriétés des plantes médicinales.

De même, on impute aux cinq empereurs l'apport de certains éléments clés de la culture chinoise. Le premier d'entre eux, Huang Di, aurait donné au peuple chinois le calendrier des récoltes, les bateaux, les armures et la poterie. Un empereur plus tardif, Shun, inventa le pinceau à calligraphier. C'est avec son abdication en faveur de Yu, le premier empereur Xia, que s'amorca le règne dynastique.

Selon de nombreux historiens, la dynastie Xia a réellement existé, mais pas sous la forme décrite par la mythologie chinoise. Cette dynastie serait restée au pouvoir pendant près de cinq siècles, jusqu'au milieu du XVIII siècle avant J.C., avant de sombrer dans la corruption et d'être renversée par les Shang.

La dynastie des Shang-Yin : (1766 -1122 avant J.C. ou 1558 - 1050 avant J.C.)

La deuxième dynastie, Shang-Yin, a une histoire légendaire plus fournie ; des découvertes archéologiques (listes de souverains par exemple) confirment pratiquement les repères historiques qui soutiennent les récits. Le site le plus prestigieux est celui d'Anyang, capitale du XIV au XIème siècle avant J.C., dans la partie Nord-Est du Henan. On a retrouvé quantité de bronzes (vases, urnes,...) d'une technique d'alliage et du coulage si parfaite que l'on a nommé cette époque la civilisation du bronze. Les ruines ont montré des villages constitués avec des enceintes, ce qui suppose une prédominance de l'agriculture. On a pu reconstituer deux groupes : les nobles (clientèle et parenté du souverain) et les roturiers (agriculteurs, éleveurs, artisans). La dynastie des Shang-Yin voit les débuts de l'écriture ; en témoignent les milliers de fragments d'inscriptions divinatoires sur des omoplates de boeuf ou des écailles de tortues géantes, les jiaguwen, recueillis depuis le début du siècle. Les tombes attestent déjà le culte des ancêtres. La chute des Shang-Yin, comme celle de toutes les dynasties qui devaient lui succéder, ne fut pas conçue comme l'effet de hasards malheureux : Les Chinois virent toujours dans ces revers du sort la juste punition d'une déchéance. L'antique lignée avait perdu son éfficacité et n'assurait plus le lien du groupe avec l'univers.

La dynastie Zhou, la dynastie Qin, la dynastie Han et les barbares (1122 - 589 après J.C.)

La dynastie Zhou : (1122 - 221 avant J.C.)

La capitale Zhou connu sous le nom de Hao, était situé à proximité de Changan (aujourd'hui Xian), qui allait devenir le siège du pouvoir impérial sous de nombreuses dynasties. Les Zhou possédaient un autre centre de pouvoir proche de la ville actuelle de Luoyang, dans le Henan, d'où ils gouvernaient les Shang qu'ils avaient assujettis. Leur structure sociale fut semble-t-il, profondément influencée par celle des Shang, dont ils avaient hérité les pratiques divinatoires et le culte des ancêtres. En règle générale, les historiens divisent l'époque Zhou en deux périodes ; celle des Zhou occidentaux (1221 - 771 av. J.C.) et celle des Zhou orientaux (770 - 221 av.J.C.).

Les Zhou occidentaux : Les Zhou, originaires de la Chine de l'Ouest, disseminés à travers la Grande Plaine, ne dédaignèrent pas les territoires situés sur leur flanc ouest où des populations, plus proches du néolithique, continuaient à vivre de chasse et de pêche. Les légendes rapportent les merveilles et les dangers fabuleux dont leur imagination et rend ces pays encore sauvages : ainsi le conte des "Quatre loups blancs et des quatre cerfs blancs", ou bien celui de la "Mère, reine de l'Occident", déesse des épidémies commandant aux démons de la peste. lls soulignent l'intérêt mêlé de crainte que les sédentaires portaient à ces contrées dont dépendait la quiétude du monde civilisé. L'économie de ces régions évoluait et c'est précisement dans les territoires occidentaux de l'Asie que se developpa, aux environs du premier millénaire avant notre ère, la monte du cheval qui allait bouleverser la tactique militaire tant barbare que chinoise et rendre encore plus menaçantes les attaques barbares. Ces barbares représentaient un danger bien réel, à la fois extérieur et intérieur, car leur appui favorisa le coup de main des grands seigneurs qui, en 771 avant J.C., déposèrent et tuèrent le roi Yeou, dernier des Zhou installé dans l'ouest chinois. L'importance du bouleversement apparait d'autant plus grande que les récentes fouilles ont davantage mis en évidence la prosperité et la richesse des cités de l'époque. Si les habitations n'avaient guère changé dans leur conception générale depuis les Shang-Yin, elles étaient en revanche couvertes de toits de tuiles dont l'emploi semble alors s'être instauré et rapidement répandu. On connaissait aussi l'usage du puits à eau que les Zhou innovèrent en Extrême-Orient.

Les Zhou orientaux : En quittant la vallée de la Wei, le roi Zhou croyait peut-être se réfugier en terre amie, dans la Grande Plaine où prospérait les descendants des compagnons d'armes de ses ancêtres et la lointaine progéniture de ses aïeux. Mais il trouva en face de lui une multitude de seigneurs jaloux de leur autonomie et qui n'invoquaient leurs liens avec les Zhou que pour mieux tenir en mains le peuple. Les cousins se partageaient le bassin inférieur du fleuve jaune où grandissaient ces multiples cellules qui tendaient à l'autonomie. Mais, l'âge de bronze touchait à sa fin et avec lui les craintes secrètes des civilisations qui voient disparaître leurs sources d'énergie. Au VIème siècle avant notre ère, une large exploitation du procédé de la fonte du fer allait permettre en même temps qu'une multiplication de l'armement et des outils de qualité, bien des bouleversements matériels ou sociaux.

La traditionnelle subdivision de leur règne entre période des Printemps et Automnes (722-481 avant J.C.) et période des Royaumes combattants (453-221 avant J.C.) ne correspond pas à une logique historique. Elle fait davantage référence aux périodes que couvrent deux ouvrages historiques du même nom et contemporains de cette époque, qui furent à la base du systeme éducatif classique jusqu'à la chute des Qing en 1912. Les Annales des Printemps et Automnes sont généralement attribuées à Confucius (551-479 avant J.C.), un érudit qui erra de royaume en royaume à la recherche du gouvernant capable d'appliquer ses conceptions de l'Etat idéal. Le confucianisme ne fut pas le seul courant de pensée important a émerger pendant le règne des Zhou orientaux. C'est également pendant cette période que Laozi (Lao Tseu) écrivit son Dao De Jing (Le Livre de la Voie et de la Vertu) le texte fondateur du taoïsme. Bien d'autres idéologies se développèrent sous les Zhou orientaux (les Chinois font d'ailleurs fréquemment allusion aux "Cent Ecoles"). Toutefois, le taoïsme et le confucianisme sont les deux courants qui marquèrent le plus profondément la pensée chinoise, le premier par son caractère pragmatique et social, le second par son coté plus personnel et mystique.

Le mandat du Ciel : La période Zhou fut cruciale. En tout premier lieu, la notion de "mandat du Ciel", selon laquelle le Ciel confie la charge de gouverner aux dirigeants sages et vertueux et la retire à ceux qui sont mauvais et corrompus. Ce concept fut par la suite élargi afin d'intégrer la théorie taoïste selon laquelle les désastres naturels sont l'expression de la désapprobation du Ciel à l'encontre des mauvais gouvernants. Dans le même ordre d'idées, le Ciel est censé exprimer son mécontentement à l'égard des dirigeants corrompus par la rébellion et le retrait du soutien des gouvernés. On fit référence à ce propos de, "droit à la rébellion", concept embarrassant dans la mesure ou ce droit ne pouvait être confirmé que par, le succès. Néanmoins, les manifestations de la volonté du Ciel sous forme de rébellion constituaient un ingrédient essentiel du cycle des dynasties chinoises, à la différence du Japon où l'autorité de la famille impériale derive d'une seule lignée qui, selon la légende, remonte à la déesse du Soleil.

La dynastie Qin : (221 - 206 avant J.C.)

Le fragile pouvoir dont jouissaient les Zhou prit fin au IIIème siècle avant J.C., lorsque l'Etat de Qin réussit pour la première fois à unifier la Chine. L'Etat de Qin accrut son pouvoir au cours des Vème et IVème siècles av. J.C. En 246 avant J.C., il conquit le Sichuan actuel et fit de même avec les autres royaumes qui se trouvaient sur son chemin. En 221 avant J.C., le royaume de Qin l'ayant emporté sur tous les autres, Qin Shihuang prit le parti de réunir ses conquêtes au sein d'un seul et même empire. Il s'attribua alors le titre de huangdi, "empereur". La dynastie Qin lègua à la Chine un système administratif fortement centralisé et imposa une division du territoire en provinces, gérées par des fonctionnaires nommés par le pouvoir central. Les poids et les mesures furent également normalisés, ainsi que la langue écrite. Enfin, on entreprit la construction de la Grande Muraille, qui fut essentiellement l'oeuvre de conscrits, dont on ignore combien périrent pendant les travaux. L'héritier de Qin Shihuang sur le trône impérial se revela incompétent. Secouée par la rébellion, la capitale Qin, proche de l'actuelle Xian tomba aux mains d'une armée d'insurgés en 207 avant J.C. Leur chef, Liu Bang, prit le titre d'empereur et fonda la dynastie Han.

La dynastie Han : (206 - 220 après J.C.)

Les Han profitèrent des acquis et du travail des Qin ; ils gardèrent la structure de l'Etat et le système administratif mis en place : les fonctionnaires furent pratiquement tous des lettrés confucéens. Un système des Examens permettait de contrôler et de former les candidats dans la doctrine officielle. Remanié plusieurs fois, le système demeurera cependant une constante du recrutement administratif. Les postes furent parfois achetés ou donnés aux fils de familles ; subsistait la possibilité, plus ou moins réelles suivant les époques, de parvenir à des grades, même élevés, de la hiérarchie, par les étapes successives des examens locaux, provinciaux et nationaux. Le programme d'étude sera toujours fondé sur la connaissance exhaustive des livres Classiques : morale, histoire, littérature, poésie, langue. La stagnation des sciences et techniques ainsi que de l'art de l'administration bloquera peu à peu l'évolution du corps des "mandarins", une appellation aujourd'hui désuète. Ils ne surent empêcher l'affaiblissement de la décentralisation du pouvoir qui se solda par l'abdication du dernier empereur Han en 220 et le début de quatre siècles de troubles.

Les barbares :

L'expansion des Han fit entrer les Chinois en contact avec les "barbares" qui environnaient leur territoire. Il en découla des conflits militaires et des retombées commerciales. Au nord, les Xiongnu (nom donné à diverses tribu nomades d'Asie centrale) représentaient la menace la plus sérieuse pour la Chine. Les premières expéditions militaires lancées contre elles furent un succès. Elles donnèrent aux chinois accès à l'Asie centrale, en leur ouvrant la route qui leur permit de faire parvenir leurs soies jusqu'à Rome. Selon les historiens chinois, cette période correspond aux règnes des dynasties Wei, Jin, des dynasties du Nord et du Sud. En réalité, dix-neuf royaumes et bastions rivalisèrent pour se maintenir au pouvoir entre 316 et 439. Au début, le pays se divisait en trois grands royaumes : celui des Wei qui s'étendait peu ou prou sur toute la région au nord du Chang Jiang (Yangzi Jiang, ancien Yang-Tse-Kiang ou fleuve Bleu), tandis qu'au sud celui des Wu occupait l'est et celui des Shu l'ouest (le terme de Shu sert encore a désigner la province du Sichuan). Les Wei (220-265) demeurèrent au pouvoir un peu plus de quarante ans. Les Jin occidentaux (265-316) ne firent guère mieux. En 316, leur capitale, Luoyang, tomba aux mains des cavaliers Xiongnu. Il en résulta un siècle et demi d'effusions de sang. Au Vème siècle, le nord fut divisé entre Wei orientaux et Wei occidentaux. En 577, les Wei occidentaux défirent les Wei orientaux et, en 581, l'un de leurs généraux s'empara du pouvoir et fonda la dynastie Sui. En 589, les Sui avaient pris le contrôle du sud de la Chine et le pays se retrouva unifié sous une seule autorité.

La dynastie Sui, la dynastie Tang, la dynastie Song, la dynastie Yuan et la dynastie Ming (589 - 1644)

La dynastie Sui : (589 - 618)

A la fin du VIème siècle, un général unifie la Chine et fonde la dynastie des Sui dont la destinée évoque celle de la dynastie des Qin (221 - 207 av.J.C.) : même conquête guerrière, même poigne d'autocrates intransigeants, gigantesques travaux d'aménagements de la Grande Muraille et des grands canaux qui relient le Nord au Sud, même fin rapide et tragique pour laisser la place à la dynastie Tang, généralement considérée par les Chinois comme la période la plus glorieuse de leur histoire.

La dynastie Tang : (618 - 907)

La prise du pouvoir par Gaozu (618 - 626) ne s'effectua pas sans heurts. Les Tang établirent une administration pyramidale chapeautée par l'empereur avec, sous ses ordres, deux ministres chargés des affaires politiques, l'équivalent d'un ministre de l'intérieur, neuf cours et six ministères chargés de régions administratives spécifiques. Pour décourager le développement de pouvoirs régionaux, l'empire fut divisé en 300 préfectures (zhou) et 1 500 districts (xian), un découpage qui subsiste aujourd'hui. Le règne du fils de Gaozu, Taizong (626-649) vit se poursuivre les succès. Les conquêtes militaires autorisèrent le rétablissement du contrôle chinois sur les routes de la soie et contribuèrent à un afflux de marchands. Il en résulta une "internationalisation" sans précédent de la société chinoise. Les principales villes de Chang'an, Luoyang et Guangzhou (autrefois appelée Canton), ainsi que bien d'autres cités marchandes, accueillirent des communautés étrangères. Originaires pour la plupart d'Asie centrale, ces dernières introduisirent de nouvelles religions ainsi que d'autres traditions culinaires, musicales et artistiques. Par la suite, la dynastie Tang développa ses contacts étrangers avec la Perse, l'Inde, la Malaisie, l'Indonésie et le Japon. Au IXème siècle, la population étrangère de la ville de Guangzhou (Canton) était estimée à cent mille personnes.

La dynastie Tang constitue aussi l'âge d'or du bouddhisme. Des pélerins chinois, notamment le célèbre moine errant Xuan Zang, se rendirent en Inde d'où ils rapportèrent des copies de textes bouddhiques, lesquelles contribuèrent à leur tour au renouveau de cette religion. La traduction des textes s'était jusque-là contentée de siniser les difficultées conceptuelles de la pensée bouddhiste. Elle fut cette fois soumise à une plus grande rigueur. Les textes bouddhiques traduits en chinois furent de plus en plus nombreux. Un schisme dans la foi bouddhique s'ensuivit. En réaction à la complexité de nombreux textes bouddhiques traduits du sanscrit, l'école Chan (plus connue sous son nom japonais de Zen), vit le jour. Le Chan visait à éliminer les complexités de l'étude de l'écriture par la discipline et la méditation alors qu'une autre tendance bouddhiste, l'école de la "Terre pure" (qui deviendrait la forme la plus importante de bouddhisme chinois) cherchait a atteindre le "paradis de l'Ouest". La période la plus prestigieuse de la dynastie Tang fut, pour les Chinois, le règne de Xuanzong (712-756), également connu sous le nom de Minghuang ou Empereur Rayonnant.

Avec une population de plus d'un million d'habitants, sa capitale, Chang'an, était l'une des plus grandes villes du monde. Sa cour attirait des savants et des artistes venus de tout le pays et accueillit quelque temps Du Fu et Li Dai, probablement les deux plus célèbres poètes de Chine. Son règne fut caracterisé par un épanouissement des arts, de la danse et de la musique ainsi que par une extraordinaire diversité religieuse. Pour certains, toutefois, toutes ces activités artistiques ne pouvaient être que le signe d'un certain amollissement au coeur de l'empire. L'intérêt croissant de Xuanzong pour les arts, pour le bouddhisme tantrique, pour le taoïsme, pour l'une de ses concubines, Yang Guifei, et pour tout ce qui captivait son imagination, le détournait de la gestion de l'Etat, confiée à ses administrateurs. An Lushun, un général en poste au Nord-Est, en profita pour renforcer son pouvoir dans cette region et partit à la conquête du reste de la Chine en 755. Les affrontements, qui durèrent près de dix ans, se soldèrent par la destruction de la capitale et des déplacements de population massifs et firent des millions de victimes. Les Tang réussirent a reprendre la maîtrise de l'empire, mais la fin de leur dynastie était proche. Aux VIIIème et IXème siècles, le pouvoir des Tang ne cessa de s'affaiblir. La rébellion endémique amena leur chute en 907.

De 907 a 960, jusqu'à l'arrivée de la dynastie des Song, la Chine fut à nouveau ravagée par les guerres entre les différents prétendants au mandat du ciel. On fait communément référence à cette époque sous le nom de période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes.

La dynastie Song : (960 - 1279)

La période Song se divise généralement entre Song du Nord (960-1126) et Song du Sud (1127-1279). La raison de cette division tient à la dynastie Jurchen des Jin, qui prit le contrôle du Nord en 1126 et obligea les Song a déplacer leur capitale de Kaifeng à Hangzhou, dans le Sud. Malgré la menace continuelle représentée par d'importantes armées aux frontières (le royaume tibetain / tangut de Xia, la dynastie Kitan des Liao et la dynastie Jurchen des Jin), les Song se sont illustrés par une forte centralisation politique, un renouveau de l'érudition confucéenne, un retour au système des examens qui favorisèrent l'essor d'une bureaucratie dominée par les civils et une révolution commerciale. L'expansion économique de la période Song tient pour une large part aux progrès considérables réalisés dans l'agriculture. L'exploitation de nouvelles terres, l'utilisation de variétés de riz plus productives ainsi que le perfectionnement des outils et des techniques agricoles favorisèrent ce développement. Parallèlement, l'amélioration des voies de communication, l'émergence d'une classe de marchands et l'introduction du papier monnaie facilitèrent le développement de plus vastes marches. Cette révolution commerciale permit la croissance d'un plus grands nombres de centres urbains approvisionnés par un flux de denrée provenant de tout le pays. Lorsque Marco Polo arriva en Chine, au XIIIème siècle, il découvrit de très nombreuses cités prospères, bien plus qu'il n'avait l'habitude d'en voir en Europe. Pour les historiens, la dynastie Song marque le tournant dans le développement d'une civilisation urbaine. En 1279, le petit fils de Gengis Khan, Kubilai Khan, s'empara de la Chine du Sud et fonda la dynastie Yuan.

La conquête Mongole ou la dynastie Yuan : (1277 - 1368)

Les maîtres de la Chine sont aussi maîtres à Bagdad, à Budapest, à Novgorod. Beijing (Pékin) ou Guangzhou (Canton) ne sont que les points les plus extrêmes de leurs possessions. Les mouvements des tribus et les déplacements de troupes servent de conducteur pour un échange d'individus et d'idées, d'influences ou se fondent tous les arts de la vie. Sous les Yuan arrivent en Chine de petits partis de voyageurs. Les plus célèbres sont des commercants vénitiens, Niccole et Matteo Polo, puis le neveu Marco, qui y séjourna une vingtaine d'années, amassant une fortune colossale, en rapportant des souvenirs éblouis. Il y aura aussi des envoyés du pape ou du roi de France Louis XI, les premiers missionnaires, frranciscains et la création de l'archevêche de Cambalik (Beijing). les relations étaient officiellement prises avec des Mongols que les Occidentaux ne distinguaient pas des Chinois ; elles s'interrompirent brutalement quand la révolte nationale chinoise chassa les Yuan. Peu de temps après, en Europe, ce fut la Renaissance. Nombre de techniques nouvelles, telles l'imprimerie (connue en Chine sous les Song), les poudres à feu, la boussole, la monnaie de papier... autant d'éléments qui bouleversèrent la société et les idées en Europe, avaient leurs ancêtres à l'autre extrémité du Continent. La chute des Yuan fut l'aboutissement de la reconquête de la Chine à partir du Sud, en remontant vers le Nord. En 1368, les anciennes capitales impériales, Kaifeng, Luoyang puis Beijing (Pékin), la capitale mongole, sont reprises et la dynastie Ming instaurée.

La dynastie Ming : (1368 -1644)

L'époque des Ming est mieux connue en Occident que bien d'autres par ses magnifiques porcelaines "bleu et blanc", vases décorés de dragons, coupes a pied ornées de fins chrysanthèmes. Une cargaison de ces "bleu et blanc" arriva vers 1600 en Hollande où elle fit sensation et servit de modèle aux faïenciers de Delft. Des céramiques, des laques, de somptueux vêtements d'apparat tissés aussi fins que les travaux de l'araignée, des peintures, forment le fonds chinois dans la plupart des musées occidentaux. Une robe de soie a été retrouvée près de Changsha (capitale du Hunan) dans le trousseau funéraire de la marquise de Tai. Elle pèse 43 grammes. C'est cela l'art chinois : une technique qui épuise les possibilités de la matière, l'inspiration qui recompose la nature, une subtilité, une délicatesse, la précision d'où sortent de grands effets.

Un grand écrivain moderne et l'une des victimes de la Révolution culturelle, le romancier Lao She, le dit ainsi : "Un apprenti n'apprend pas seulement un métier : il apprend aussi la discipline. Quand il arrive dans un atelier pour la première fois, c'est le règne de la terreur et des brimades. On le fait se coucher tard et se lever tôt; ii doit obéir aux ordres et aux injonctions de tout le monde, se montrer un serviteur partaitement docile et supporter de gaieté de coeur tous les malheurs qui lui arrivent : la faim comme le froid, la souffrance comme la fatigue, et le tout en ravalant ses larmes... Ce qui comptait avant tout, c'était de pouvoir tenir bon jusqu'au bout, et ça il n'y avait eu que l'apprentissage pour me l'enseigner et m'y préparer ! Du point de vue professionnel, j'ai même l'impression de n'avoir pas du tout perdu mon temps pendant les trois années que j'ai passées comme apprenti... Nous savions reproduire avec une fidélité parfaite n'importe quoi. Par exemple, pour un enterrement, on pouvait nous demander de préparer tout un banquet, nous étions capables de confectionner en papier tous les plats correspondants, aussi bien du poulet et du canard que du poisson et de la viande. Lorsqu'il arrivait qu'une jeune fille meure dans sa famille, sans être encore mariée, on nous demandait de faire tout un trousseau ; qu'il y est alors quarante-huit porteurs ou trente-deux, nous faisions toujours en sorte qu'il n'y manque rien, depuis le poudrier et le flacon de cosmétique jusqu'à la garde-robe et la psyché. Notre savoir-faire a nous était de pouvoir tout copier au premier coup d'œil. (Lao She, Histoire de ma vie, dans Gens de Pékin).

L'époque Ming est le temps des relations commerciales organisées : les Portugais arrivent en Chine dans les débuts du XVIème siècle et s'installent à Macao en 1557. Une dizaine d'années plus tard, parait en Europe le premier ouvrage consacré à la Chine des Ming. Durant ce XVIème siècle, les Portugais puis les Espagnols sont nombreux dans les îles des Mers du Sud (Moluques, Philippines, Java). En 1600, un jésuite, Matteo Ricci, entre à Pékin (Beijing). En 1624, les Hollandais, à Taïwan, se heurtent au célèbre rebelle et pirate anti-mandchou Coxinga, mais ils dominent l'Insulinde et la Malaisie de toute leur puissance navale. Cependant, pour les Ming, l'ennemi sur mer, ce sont les pirates japonais qui pillent les côtes. Tandis que se renforce la présence des étrangers, la Chine connait une belle floraison littéraire. Essor des contes, du théâtre, des grands romans : Le Voyage en Occident Xiyonji, vers 1570, le Jinpingmei (Fleur de prunier dans un vase d'or), étude de moeurs, vers 1619 (trad. Pléiade). Ils annoncent la littérature moderne. Une famine dans la province du Shaanxi et le désintérêt du gouvernement mirent le feu aux poudres. Une importante rébellion paysanne précipita la fin des Ming.

La dynastie Qing (1644 - 1911)

Profitant des troubles qui agitaient la Chine, les Mandchous lancèrent une expédition. Repoussés d'abord par la grande Muraille, ils parvinrent finalement à la franchir grâce à la complicité d'un général Ming, qui voyait dans une alliance avec les Mandchous le seul espoir de vaincre la rébellion paysanne qui menaçait Pékin (Beijing). Les Mandchous infligèrent rapidement une défaite aux rebelles paysans et, en juin 1644, firent route vers la capitale Ming dont ils s'emparèrent. Le règne des premiers empereurs Qing (de 1662 - 1796) fut une période de grande prospérité. Le trône fut occupé par trois des plus grands empereurs que la Chine est connus : Kangxi, Yongcheng et Qianlong. Les Qing étendirent leur empire bien au delà des frontières, qu'il connaissait sous la dynastie Han, jusqu'à englober la Mongolie et le Tibet. Les paysans bénéficièrent largement de la réduction des impôts ainsi que des projets de contrôle des inondations et du développement de l'irrigation. L'exceptionnelle compétence des trois premiers empereurs eut toutefois pour inconvénient d'entraîner une concentration du pouvoir entre leurs mains, responsabilité qu'aucun de leurs successeurs n'étaient de taille a assumer. A l'image des Mongols, les dirigeants mandchous succombèrent bientôt à l'influence des Chinois. Ils se rapprochèrent d'eux sur le plan culturel et calquèrent leur gouvernement sur celui de la dynastie Ming. C'est ainsi que l'on retrouva chez les Qing l'isolationnisme et le conservatisme intellectuel des Ming. La Chine continua d'être une nation repliée sur elle-même, indifférente aux révolutions technologiques et scientifiques qui s'opéraient en Europe.

La dérive vers des mains étrangères : Les puissances européennes (Anglais, Hollandais et Espagnols) eurent accès au marché chinois, via l'installation d'une base à Guangzhou (Canton). Une association, du nom de Cohong, détenait le monopole de toutes les opérations commerciales. Elle servait également d'intermédiaire dans les négociations entre la Chine et les étrangers afin de maintenir ces derniers à distance du centre politique, Pékin (Beijing). Le commerce fut prospère sous les auspices de Cohong, essentiellement au profit de la Chine. Les achats britanniques de thés, de soieries et de porcelaines dépassaient de beaucoup en valeur les achats de laine et d'épices effectués par les chinois. En 1773, les Britanniques décidèrent d'équilibrer leur balance commerciale en vendant de l'opium. Malgré les édits impériaux contre l'importation et l'usage de drogues, le nombre d'opiomanes ne cessa de grimper, tout comme les ventes. Après bien des hésitations du gouvernement impérial, en mars 1839, Lin Zexu, un fonctionnaire réputé pour sa grande intégrité, fut envoyé a Guangzhou pour mettre définitivement un terme à ce trafic illégal. Il agit rapidement et obtint la saisie de 20 000 caisses d'opium stockées à Guangzhou par les Britanniques.

Les partisans de la guerre au sein du gouvernement britannique en firent un prétexte pour lancer une action militaire contre la Chine. En 1840, les forces navales britanniques se rassemblèrent à Macao et remontèrent la côte jusqu'à l'embouchure du Haihe (Beihe), non loin de Pékin (Beijing). La "guerre de l'Opium" avait commencé. Pour les Chinois, les conflits centrés sur le commerce de l'opium se soldèrent par un fiasco du début à la fin. Tandis que la cour impériale cherchait à se débarrasser des forces britanniques par un traité que les deux parties finiraient par ne pas reconnaître, les Anglais finirent par attaquer les positions chinoises à proximité de Guangzhou. Il en résulta un traité qui concédait aux Britanniques la ville de Hong Kong, six millions de yuan d'indemnités et la totale reprise du commerce. Furieux, l'empereur Qing refusa de reconnaître cet accord et, en 1841, les troupes britanniques firent à nouveau voile le long de la côte pour s'emparer du Fujian et de l'est du Zhejiang. Ils s'y installèrent pour passer l'hiver et, au printemps de 1842, après avoir reçu des renforts de troupes, ils remontèrent le Yangzi. Lorsqu'ils virent les canons britanniques braqués vers Nanjing, les Qing renoncèrent à combattre et signèrent à contrecoeur l'humiliant traité de Nankin.

Les Taiping : De 1851 à 1864, Hong Xiuquan, prêchant une ère nouvelle et la révolution contre les Mandchous, va réussir à se maintenir dans toute la Chine centrale. La répression fera vingt millions de morts. Hong Xiuquan était un visionnaire, né dans une famille Hakka, un immigrant de l'intérieur, avec qui on ne fraye pas. Il a fréquenté la mission protestante du Guangxi. Ayant du renoncer à une carrière mandarinale, désireux de faire de grandes choses, il cherche a établir un Royaume de Justice et de Paix. La Paix avec une majuscule, c'est, en chinois, Taiping. Un pareil royaume ne vient que par la volonté et la protection du Ciel. C'est, en chinois, Tianguo. D'où l'appellation du rêve de Hong Xiuquan : le Taiping Tianguo. Les riches et les mandarins seront contraints d'abandonner au peuple qui les cultivent les terres dont ils sont, eux, les propriétaires. Tout sera mis en commun : on répartira la pauvreté. Le désintéressement et l'austérité, qui sont une nécessité, se tourneront, en raison de la générosité des pauvres, en enthousiasme révolutionnaire. C'est bien ce que l'on vit. Fanatisées par Hong Xiuquan, les hordes paysannes armées s'emparent du Sud. Elles sont devant Nankin en mars 1853, qu'elles occupent et prennent pour capitale. Remontant vers le Nord et Pékin (Beijing), elles atteignent Tianjin (Tientsin) à trois jours de marche de la capitale du Nord. Le manque d'approvisionnement et le froid sauvent la Cour terrorisée, terrée dans le Palais.

Les Taiping faiblissent à leur tour, les provinces s'organisent en autodefense. Zeng Guofan, général, lettré de grand renom, relève les courages et sauve la dynastie. Les Occidentaux, menacés dans leurs vies, leurs biens et leurs intérêts, font cause commune avec les Impériaux. Le général Gordon s'illustre dans cette occasion. Les Occidentaux petit à petit contrôlent les affaires internes chinoises, comme dans un pays conquis, alors que les Chinois espèrent bien reprendre, peu a peu, les concessions que leur faiblesse leur a fait consentir par le traité de Nankin de 1842. L'opium entre toujours et en quantité accrue. Les autorités sont impuissantes et la corruption progresse. Les incidents se multiplient. Anglais et Francais montent une expédition commune. Canton (Guangzhou) , puis Tientsin sont occupés. Ils réussissent là où Hong Xiuquan et ses gens avaient échoué. C'est le sac du Palais d'été, le Yuanmingyuan. Palais de style baroque, déssiné par les jésuites, construit sous Kangxi, à ne pas confondre avec le (Nouveau) Palais d'été, élevé non loin, le Wanshoushan. Le traité signé à Nankin était un échec grave, mais la Convention signée à Pékin (Beijing) était une catastrophe. La Chine, cette fois, s'ouvrait : onze nouveaux ports étaient onze nouveaux accès pour les commercants d'Europe, pour les ambassadeurs ou agents consulaires qui y résideraient en permanence, pour les missionnaires. Mieux même , la Chine créait un ministre des Relations extérieures (Waijiaobu). Il traiterait d'une manière officielle avec les Puissances.

Les Boxeurs : Du 10 juin au 21 septembre 1898, ce fut une période des Cent Jours ou des Cent Fleurs comme on voudra. L'Impératrice douairière, plus souveraine que jamais, réagit violemment. Toutes les Réformes sont abrogées, le Maréchal Yuan Shikai arrête les réformateurs les plus en vue et en exécute quelques-uns. Le pays était parcouru par des bandes armées qui se donnaient le beau nom de Force (poing) de Justice et de Concorde. Ils sont passés dans l'histoire européenne avec le nom de Boxeurs et rappellent les Taiping. Sont-ils simplement xénophobes, sont-ils antimandchous ou simplement des fanatiques, disponibles pour quelque grande entreprise ? La Cour paie et arme ces bras de justice, les lance contre les étrangers et les chrétiens chinois. En juin 1900, ils font une attaque générale sur Tientsin (Tianjin), Pékin (Beijing) et à travers tout le pays. Les délégations étrangères, qui occupaient une section au sud de la ville tartare, sont assiégées durant 65 jours. Une expédition internationale les secourt. La Cour s'enfuit de Pékin (Beijing), elle n'y revient qu'en 1902. La Chine est livrée aux puissances étrangères. La jeunesse chinoise a vu l'errance de la Cour et le Triomphe insolent des Européens sur les Boxeurs. Elle se tourne vers l'Occident et en copie les modes. En 1911, c'en étaient fini du long cycle des dynasties...

Par lamine timsi - Publié dans : Chine Traditionnelle
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Mercredi 26 janvier 2005

Le Nouvel An chinois est sans nul doute la fête la plus importante pour les communautés chinoises à travers le monde entier. Il est aussi appelé « lunaire » parce qu'il se célèbre suivant le calendrier lunaire chinois et non le calendrier grégorien. Cette fête est un moment dont on profite en prenant des vacances, en se réunissant en famille et entre amis.

L'origine de cet événement remonte à plusieurs milliers d'années, au long desquelles se sont tissées des légendes riches en couleurs et en traditions. L'une des plus populaires est celle de Nien, un monstre cruel et vorace qui, croyaient autrefois les Chinois, dévorait les êtres humains la veille du Nouvel An. Pour l'éloigner des foyers, on affichait de chaque côté de la porte d'entrée une bande de papier rouge sur laquelle on écrivait un vers. On allumait des torches et claquait des pétards durant la nuit, des traditions toujours bien vivantes de nos jours. C'est qu'en effet, disait-on, Nien craignait le rouge, la lumière et le bruit. Dès le lendemain matin, un sentiment de triomphe et une ambiance de renouveau régnaient, puisque Nien avait été tenu à l'écart pour une nouvelle année. Tout le monde alors se réjouissait en lançant : « Kung-hsi » (félicitations).

Pour s'assurer toute l'année la bonne fortune, les Chinois donnent un nom particulier à chaque plat. Ce mets appelé Les cinq bénédictions de l'année nouvelle symbolise la longévité, la richesse, la paix, la sagesse et la vertu. (Photo de Chang Su-ching)
Même si les congés pour l'occasion ne durent généralement que quelques jours à partir de la veille du Nouvel An, les festivités, elles, s'étalent en fait sur près de trois semaines. Elles commencent le 24e jour du dernier mois lunaire, lorsque les dieux montent au Ciel pour rendre hommage à l'Empereur de Jade, la divinité taoïque suprême, et lui faire un rapport sur chaque famille. Selon la tradition, dans les maisons, on honore ces dieux avec piété en leur brûlant de la monnaie votive qui aide aux dépenses de leur périple céleste. Un autre rite est d'enduire de sucre de malt les lèvres de l'effigie du dieu du Foyer, également un des pèlerins divins, pour s'assurer qu'il rapporte à l'Empereur de Jade de bons propos sur la maisonnée ou bien garde devant lui le silence.

Des formules poétiques, ou « voeux de printemps », sont accrochées partout dans la maison. Ce sont des bandes ou des carrés de papier sur lesquels sont inscrits des souhaits exprimant à tous « bonheur », « succès », « longévité » et « joie ». Ces carrés de papier--traditionnellement apposés à l'envers, parce que « renversé » se lit en mandarin tao, homophone du mot « arrivé »--représentent la venue du printemps ou de temps prospères.

Plus les craquelures sur le fa-kao, une sorte de gâteau de riz, sont larges, plus l'année nouvelle sera prospère, selon la tradition.
La veille du Nouvel An chinois, les membres d'une famille qui vivent loin de la maison paternelle y retournent pour se réunir et partager un somptueux festin. A ce moment-là, ils distribuent aux plus âgés et aux enfants de l'argent placé dans une enveloppe rouge qui portera bonheur, tandis que tous veillent pour accueillir l'année nouvelle. Les Chinois ont longtemps cru que rester éveillés jusqu'au matin aidait les parents à vivre plus longtemps. Ainsi, ce soir-là, on n'éteint pas les lampes, non pas pour faire fuir l'horrible Nien, mais pour permettre à tous de rester ensemble, en famille. Certains se livrent à des cérémonies religieuses après minuit et fêtent dans leur maison la venue du dieu de la Nouvelle Année, un rituel qui se conclut par de longs craquements de pétards.

Pour les enfants, le moment le plus excitant de la fête est celui où ils reçoivent leur hong-bao, l'enveloppe rouge, contenant de l'argent.
Le jour de l'an, le premier élan de chacun est de rendre l'hommage rituel aux ancêtres, puis de révérer les dieux. Les plus jeunes de la famille honorent ensuite les plus âgés. On revêt des habits neufs et on visite les parents proches, les amis et les voisins, échangeant des voeux accompagnés de la formule d'usage, kung-hsi fa-tsai, « félicitations et prospérité ». C'est aussi le moment de se réconcilier, les rancunes étant balayées pour faire place à la cordialité et à l'amitié.

Une des activités les plus populaires de cette fête est certainement la danse du dragon et du lion. La frayeur que ces bêtes suscitent est censée repousser les esprits malins, et le déploiement des danseurs agiles offre un spectacle apprécié.

Peu avant la fête, les marchés s'animent et des aliments de toutes sortes sont vendus.
Le deuxième jour de la nouvelle année est réservé aux femmes mariées. Elles retournent voir leurs propres parents. S'il s'agit d'une nouvelle mariée, son époux l'accompagne et apporte quelques cadeaux à la belle-famille. Selon une légende pleine de charme, le 3e jour est celui où les souris marient leurs filles. Aussi la veille au soir, se couche-t-on plus tôt pour permettre aux souris de fêter tranquillement leurs noces.

La danse du dragon et du lion, aux mouvements vifs et aux costumes somptueux, est certainement un grand moment de la fête du Nouvel An chinois.
Le quatrième jour, l'enthousiasme commence à s'estomper. Dans l'après-midi, on prépare des offrandes de victuailles pour accueillir le dieu du Foyer qui revient de son voyage céleste. Ce retour marque aussi la fin d'une liberté sans surveillance divine, comme le révèle un vieil adage chinois : « Il n'est jamais trop tôt pour renvoyer les dieux ni jamais trop tard pour leur demander de revenir. »

Les temples s'emplissent de fidèles venus brûler leurs bâtonnets d'encens, présenter leurs offrandes et prier les dieux, espérant qu'ils leur apporteront richesse et bonheur durant la nouvelle année.
Le lendemain, les festivités de Nouvel An sont presque achevées. Sur les autels, on retire toutes les offrandes, et la vie reprend son cours normal. Enfin, le 9e jour de l'an lunaire, d'autres offrandes sont présentées dans les cours des temples pour célébrer la naissance de l'Empereur de Jade.

Puisque « poisson » se prononce yu comme le mot « abondance », les décorations comportant cet animal sont populaires durant la saison du Nouvel An chinois.
Comme dans toutes les fêtes chinoises, la nourriture tient une place importante durant le Nouvel An, et les repas sont généralement élaborés. La plupart des plats alors préparés sont censés apporter la bonne fortune. Par exemple, le poisson (yu) signifie que l'« on a suffisamment »; la ciboulette aillée (chiu-tsai) représente l'éternité; le navet (tsai-tou), le bon présage; et les boulettes de poisson (yu-wan) et de viande (jou-wan), la réunion. Les desserts ont également leur signification propre, comme le gâteau de riz glutineux (nien-kao)qui évoque la carrière réussie et, au bout du chemin, la prospérité. Les Chinois du Nord servent des raviolis cuits à l'eau (shui-chiao), ayant la même forme que les taëls, c'est-à-dire celle d'un sabot de cheval, censés apporter la richesse à ceux qui en mangent.

Cependant, le Nouvel An chinois n'est pas seulement un moment de joie. Il existe aussi des superstitions néfastes et des tabous qui n'ont pas tout à fait perdu de leur vigueur. On croit toujours qu'il ne faut pas balayer le sol pendant les cinq premiers jours de l'année lunaire, de peur de jeter hors de la maison le bonheur et la fortune. Bien sûr, les jurons et les propos sur la mort sont proscrits en ces jours de liesse. Si on casse une assiette ou un plat, on prononce aussi vite que possible la phrase sui sui ping an (« paix pendant toute l'année ») pour conjurer le mauvais sort. Les bâtons d'encens et les bougies brûlent jour et nuit afin d'assurer la longévité dans la maisonnée. Chez d'autres, l'usage de couteaux ou de ciseaux est prohibé de crainte de ne couper le fil de la bonne fortune pour toute l'année qui commence. Quelques-unes de ces superstitions ont une connotation davantage spirituelle.

Le tableau Paix et prospérité au Nouvel An, de Huang Yueh, dynastie Ching, dépeint l'atmosphère festive du Nouvel An chinois durant lequel on prépare des voeux écrits avant de les afficher de chaque côté de la porte principale. (Aimable crédit du Musée national du Palais, à Taïpei)
Les temples de Taïwan sont alors envahis par une foule pieuse venue prier, offrir de l'encens et implorer les dieux de leur accorder un meilleur sort durant l'année. Ainsi, la veille du jour de l’An, peu avant minuit, les gens plus nombreux et plus bruyants s'attroupent devant les grands temples. A minuit pile, les fidèles envahissent le sanctuaire pour être les premiers à placer leurs bâtonnets d'encens dans le vase-encensoir dédié aux dieux. Une tradition tenace veut que le premier qui effectue cet acte soit béni pour la nouvelle année.

Si quelques-uns de ces usages occultes du Nouvel An chinois sont tombés en désuétude à Taïwan, en raison de l'évolution des moeurs, les célébrations de cette fête sont observées avec une importance incomparable. Bien avant la saison, les petits marchands de rue s'installent aux bons endroits pour vendre les fameuses bandes de papiers portant les « voeux de printemps ». Les achats de Nouvel An commencent assez tôt et sont une des principales activités à cette époque dans l'île. Par exemple, à Taïpei, la rue de Tihua, située dans un vieux quartier, célèbre pour ses boutiques d'épices et d'autres produits alimentaires typiques, devient vite la destination préférée des citadins à l'approche de l'année lunaire. Des chansons et des airs traditionnels résonnent dans les grands magasins, qui, pour la saison, bradent leurs articles afin d'attirer une foule enrichie de la prime traditionnelle qui est versée à ce moment et désireuse de faire ses emplettes de Nouvel An.

Les jours précédant le Nouvel An chinois, ceux qui vivent loin de leurs parents se préparent à retourner dans leur famille. Afin d'éviter les embouteillages monstrueux sur la route, certains partent un jour plus tôt. Ceux qui empruntent un moyen de transport public, dorment dans les halls des aéroports, des gares ferroviaires ou routières pour être sûrs d'obtenir leurs réservations à la date voulue. Les tickets s'arrachent dès leur mise en vente et tout sera complet. Peu importe l'épuisement de ce périple, les inconvénients sont vite oubliés dès que la famille est réunie autour de la grande table de Nouvel An pour partager un repas savoureux et copieux, le plus important de l'année. Quoiqu'il advienne, les retrouvailles familiales seront toujours au coeur de la fête du Nouvel An chinois.

Par lamine timsi - Publié dans : Actualite chinoise
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